Nouvelle publication scientifique
Août 2026

La formation singulière d’un botaniste au XVIIIe siècle
Le cas particulier de Fusée-Aublet
Auteur : Guilhem Mansion
Titre : La formation savante singulière du botaniste Fusée-Aublet au mitan du XVIIIe siècle (1740-1753)
Article de journal : Archives Internationales d’Histoire des Sciences, Volume 75, Issue 1, Juin 2025 (publié Août 2026), p. 144 – 187
Mots clés : Histoire des sciences, XVIIIe siècle, Lumières, Botanique, Chimie, Compagnon apothicaire, Pharmacie
Lien officiel : https://doi.org/10.1484/J.ARIHS.5.152773
C’est avec une grande satisfaction que j’ai reçu le dernier numéro des Archives Internationales d’Histoire des Sciences contentant une partie de mon travail consacrée à la biographie de jeunesse de Fusée-Aublet (1723-1778), une personnalité avec laquelle j’ai beaucoup sympathisé lors d’un projet récent (Héritage botanique des Lumières) ! Dans cet article, je mets l’accent sur la formation scientifique de ce savant curieux, sorte d’alter ego, qui a longtemps hésité entre la pharmacie, la chimie et la botanique, tout en fréquentant les facultés de Montpellier et de Paris…
En bref – Entre le début de ses études pharmaceutiques à Aix-en-Provence, fin 1739, et son départ pour l’île de France, début 1753, Fusée-Aublet s’est formé aux principales branches de la « Physique particulière », un terme regroupant alors l’astronomie, la botanique, la chimie, la cosmologie, la météorologie, la minéralogie et la zoologie. Si le profil de Fusée-Aublet nous paraît aujourd’hui quelque peu protéiforme, il n’en est rien dans les années 1750 où les naturalistes embrassent généralement plusieurs spécialités aux contours relativement poreux. Dans l’entourage de Fusée-Aublet, les médecins s’adonnent volontiers à la botanique (Darluc, Guettard, Jussieu), à la zoologie (Guettard, Jussieu), à la chimie (Venel), ou aux futures sciences de la terre (Guettard, Jussieu), les rares apothicaires (Rouelle) se cantonnant seulement à la chimie ou à la minéralogie. En privilégiant la voie de la pharmacie pour devenir botaniste, Fusée-Aublet entreprend donc un pari audacieux, d’autant plus risqué qu’il emprunte souvent des chemins de traverse. Ce choix est-il judicieux ? Pour répondre à cette question, nous confrontons le parcours savant inédit du jeune Fusée-Aublet à celui de certains de ses contemporains botanistes ou chimistes engagés sur la voie de la médecine (Darluc, Guettard, Venel) ou non (Adanson, d’Holbach, Rouelle le cadet). Cette comparaison permet en outre de faire un état des lieux des connaissances dans le domaine de la biologie naissante, d’en estimer les progrès ou les lacunes et, au final, de mieux problématiser les enjeux épistémiques de la mi-XVIIIe siècle.
Résumé officiel – Dans l’imposante flore de la Guyane Française qu’il publie vers la fin de sa vie, Jean-Baptiste Christophe Fusée-Aublet (1723-1778) consacre quelques lignes seulement à son parcours scientifique, durant lequel il s’est « occupé » de botanique, de chimie, de minéralogie ou de pharmacie. Sur la base de manuscrits non étudiés par la critique, nous retraçons ici les principales étapes de ce cursus particulier. Nous montrons qu’au mitan du XVIIIe siècle, plus que les trajectoires scientifiques multiples qu’il emprunte, c’est bien le choix de la voie pharmaceutique comme préambule à l’étude des plantes qui interroge. À une époque où l’immense majorité des naturalistes sont médecins, nous tentons de préciser et de resituer dans leur contexte ces années de formation savante (1740-1753), tout en nous interrogeant sur les causes et les conséquences de la décision singulière prise par Fusée-Aublet.


Digitale obscure (Digitalis obscura L).
(A) Échantillon peut-être récolté par Fusée-Aublet lui-même, près du Rio Darro, lors de son séjour andalous et actuellement conservé au sein de l’« Herbier Aublet-Rousseau » à Paris (© Muséum national d’Histoire naturelle). (B) Photo de la plante prise près de Torrox (Espagne, Andalousie), en avril 2018 (© Guilhem Mansion).
